La Procrastination : problème en soi, ou symptôme d’un autre ?

The English version of this article is available here.

Un avocat dans un grand cabinet international avait une carrière prometteuse devant lui. Cependant, sa façon de travailler n’arrangeait rien : il avait tendance à procrastiner — ayant adopté l’habitude, avant chaque échéance, de se lancer dans des projets rocambolesques de pâtisserie de plus en plus élaborés — si bien que, systématiquement, il ne lui restait que quelques petites heures pour réaliser tout son travail avant chaque date butoir, même si l’associée qui dirigeait son équipe le lui avait confié des jours, voire des semaines en amont.

Il avait essayé toutes les méthodes promues par les auto-proclamés gourous de la productivité et avait lu tous les articles possibles sur la procrastination et ses remèdes. Bien qu’il ait connu de brèves périodes de progrès, il retournait sans cesse à ses mauvaises habitudes.

Cet avocat m’a contacté car il cherchait d’autres stratégies pour remédier à son problème. Quand je lui ai proposé de commencer en essayant de comprendre pourquoi il se comportait ainsi, il était d’abord réticent : il m’a expliqué qu’il se connaissait bien et qu’il savait que sa procrastination était due à un simple manque de motivation. Il avait juste besoin d’un petit coup de pouce.

Du moins, c’est ce qu’il pensait.

Notre travail ensemble a révélé que, au plus profond de son cœur, il doutait de ses capacités. Ainsi, il trouvait les commentaires et les modifications même les plus anodins de sa responsable très difficiles à digérer. De la sorte, le travail était devenu quelque chose qui lui faisait peur, et sa procrastination l’aidait à éviter cette peur (tout du moins jusqu’au dernier moment).

Mais cela n’expliquait pas tout.

En effet, un autre motif plus pertinent — inconscient et sournois — était également à l’œuvre. Car, aussi incroyable que cela paraisse, parfois on procrastine pour s’assurer qu’on ne puisse pas produire le meilleur de son travail ; c’est ce que j’appelle “la procrastination comme sabotage”. Et cet avocat en est l’exemple type.

Au fil des séances de coaching, il a pu identifier le raisonnement inconscient qui s’opérait. Comme il avait peur de ne jamais être à la hauteur des attentes du cabinet, la meilleure façon de conjurer cette crainte était de s’assurer, en se soumettant à une contrainte temporelle aussi artificielle qu’importante, qu’il n’aura jamais l’occasion de faire son travail correctement.

Ainsi, si son travail n’était pas bien reçu, au lieu de remettre en question ses compétences, il pouvait toujours attribuer son échec à un manque de temps. Inversement, si jamais il s’était donné tout le temps nécessaire pour bien faire son travail et n’avait pas réussi pour autant, l’échec aurait été cuisant. Après tout, se reprocher un manque de discipline était plus facile à supporter que de se confronter à une possible défaillance de ses capacités. Il valait mieux  donc se distraire en fabriquant des croissants, jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus que le temps minimum pour bâcler le travail qui lui avait été confié.

L’identification de la raison de son comportement a été un moment charnière. Cela lui a permis de traiter son problème à la source — son regard sur le feedback, son ouverture aux critiques, sa confiance en lui — au lieu de perdre son temps à essayer encore un autre supposé remède pour venir à bout de la procrastination. En d’autres termes, comme celle-ci n’était que la partie émergée de l’iceberg, un travail approfondi était nécessaire pour qu’il s’en débarrasse.

Quelles sont les mauvaises habitudes au travail que vous avez envie de laisser de côté depuis longtemps ? Cliquez ici et parlons-en. Si vous voulez d’abord passer mes qualifications au crible, toutes les infos se trouvent ici.

 
 
Next
Next

Faire plus d’efforts